Marseille, escale sur la route de la Guinée où je ne suis pas revenue depuis 4 ans.
Rencontre-éclair au détour d'un kiosque, lumière orange inattendue qui envahit soudain mon être tout entier, assombrissant tous les alentours, la gare et les êtres qui s'y trouvent.
Il n'y a plus que lui et Darjela...
Un "cri" sort de mon coeur:
" Matthieu Ricard "!!!
Le dialogue de quelques minutes qui s'ensuit me paraît une parcelle d'éternité.
Tout s'est arrêté, bruits, sens, pouls, souffle...
Seuls les battements internes s'accélèrent dans mes veines.
Il s'est arrêté, face à face et m'a demandé où je partais chargée comme ça !
Je lui ai dit que j'allais en Afrique soigner les amis de brousse, il s'est incliné devant moi, la main sur le coeur et m'a dit:
" C'est bien ce que vous faites, continuez comme ça ".
Lui partait à Paris et à New-York et il aimerait tellement retourner au Tibet...
Nous rayonnons dans cette gare grise, lui dans sa robe de moine orangée et bordeaux et curieusement, mon ensemble est dans les mêmes tons, moutarde et grenat.
Quelle superbe belle protection pour cette nouvelle aventure !
Fils de l'artiste peintre Yahne Le Toumelin et du philosophe Jean-François Revel, Matthieu Ricard vit dans l'Himalaya depuis 40 ans. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Le Moine et le Philosophe, Plaidoyer pour le bonheur, l'Art de la méditation et Chemins spirituels (NiL Editions). Il est également l'auteur de plusieurs livres de photographies dont Tibet, Bhoutan, et Un voyage immobile (La Martinière) (www.matthieuricard.org). Il collabore activement à plusieurs programmes de recherches en neurosciences sur les effets de l'entraînement de l'esprit sur le cerveau et de la méditation.Il vit actuellement au monastère de Shechen au Népal et consacre la totalité de ses revenus et droits d'auteurs à plus de cent projets humanitaires (voir www.karuna-shechen.org)
Les messages arrivent !
de Isa et Olivier:
" Wouah ! Le rollier t'accompagne déjà ! Buon viaje, Darjela, souffle de pas ".
de Dorothée :
" Wouah ! Que tous les bouddhas te protègent ! Bon vol, je t'embrasse ".
de Pascale:
" C'est un bon présage ! Bonne chance, prends soin de toi, reviens vite. Grosses bises ".
Nous sommes le 25 décembre 2012, encore un Noël pas comme les autres ! Mais quelle piste ! Labé-Koukoutamba... Une grande première et pour le Nissan et pour le pilote...
Passera, passera pas, touchera, touchera pas...? Ça passe et ne casse pas...
Quelle surprise !!!
L'arrivée à Koukoutamba, le jour de Noël, même pour ces musulmans des campagnes fut un cadeau inoubliable, pour tout le monde .
On entendait dans le hameau : "Fanta est de retour, Fanta est de retour " ! Ils sont tous là... ou presque, car une catastrophe a fait fuir une grande partie des habitants du hameau. Un camion, mal arrimé sur le bac, est tombé à l'eau, des femmes et des enfants se sont noyés, bien sûr par les maléfices de quelque méchant djinn...
On aurait dit qu' Alassane, (porteur sur les derniers 120 km du trek 1, en 2008) attendait cette venue, il était sûr du retour de Fanta !
Il est marié à Aminata et ils ont deux adorables fillettes, Ramatoulaye et Mariama.
L'arrière grand-mère et la petite Mariama (dans les habits de Joséphine) !
La maman, toujours dynamique,
Le père, silencieux...
Mamadou, le frère, qui relève le niveau du Bafing, tous les jours, pour le barrage de Manantali, sans être payé depuis plus d'un an... (depuis mon passage aux "autorités", il a enfin touché ses salaires impayés).
et sa fille, Aïssatou, petite fille bien malade. La maman est partie au pays des mines d'or et n'en est jamais revenue...
Aminata, la femme d'Alassane ,
Alassane avec Ramatoulaye
Même la case que m'avait cédée Alassane était encore debout ! Là où il m'avait fallu soigner de graves ampoules assorties d'une forte fièvre et d'une fissure du métatarse... Là où j'ai dû prendre la décision d'abandonner provisoirement le chemin de la source pour reposer et cicatriser mes pieds douloureux, percés, enflés, cassés... à Conakry.
Ici, le temps semble s'être arrêté... On survit avec quelques cultures, quelques zébus, quelques poissons...
Le bac est toujours en panne, on traverse en pirogue pour ensuite, pédaler jusqu'à la ville de Kalinko. Ce cher Bafing est un peu plus pollué, toujours aussi sauvage et vif !
Quelques clichés au hasard de nos promenades.
Adieu, Alassane, nous reverrons-nous un jour ? Bonne vie...
C'est en sortant sur le perron qu'un bruit violent frappé sous la toiture a attiré notre attention, là où nous savions que des oiseaux nichaient, vu les fientes tombées chaque jour sur les marches...
Difficile dans un premier temps de comprendre de quoi il s'agissait.
Vite les jumelles, c'est un oiseau pendu par les pattes qui se débat , depuis combien de temps et pourquoi, on voit mal ce qui le retient... ses ailes frappent les pierres du mur mais il faiblit, il faut faire vite.
Comment le décrocher ? Du premier étage, avec deux tiges en plastique scotchées entre elles et au bout desquelles un crochet est fixé à la hâte, Laurent après de nombreux efforts et torsions du buste, au risque de se rompre le cou, réussit à accrocher et l'oiseau et ce qui le retient prisonnier.
En bas, Jules et moi, avions tendu un drap pour le recevoir en cas de chute.
L'oiseau est déposé délicatement dans le drap, c'est un martinet noir, apparemment bien faible et complètement entortillé dans des ficelles, fils et autres liens.
Muni de petits ciseaux, Laurent coupe délicatement ces liens dont certains sont enfoncés jusque dans les chairs. Une patte est nettement inerte, déboîtée, cassée mais sans blessure ouverte.
Immédiatement, on lui enduit les pattes d'huile de ricin, on le met dans une boîte dans le noir afin qu'il se repose.
Vite, internet pour trouver les premiers conseils : comment donner à boire et à manger à ce jeune martinet noir.
Ensuite, contacter la LPO (ligue pour la protection des oiseaux) http://www.lpo.fr/
Il est d'abord envisagé de le transporter via une chaîne de solidarité de ville en ville jusqu'au "Centre de Sauvegarde" de Tonneins dans le Lot-et-Garonne ... trop loin, avec cette chaleur, ce n'est pas gagné... on voulait pratiquer une amputation.... et puis, c'est dimanche...
Or, il faut savoir qu'un martinet ne se pose jamais sauf pour couver. Son nom "Apus Apus" signifie "sans pattes", alors avec une seule patte, il devrait s'en sortir.
Il aura fallu 30 heures pour le remettre d'aplomb... sur une patte !
Abreuvé au goutte à goutte et nourri avec quelques milligrammes de viande crue, il a vite repris des forces et commençait à s'agiter dans son carton...
Alors, la décision est prise, en accord avec la LPO, d'essayer de le relâcher. Au quatrième essai, il est parti comme une flèche, prenant de la vitesse, rasant les haies, les arbustes, puis passant par dessus les toits, il prit un courant
ascendant pour rejoindre ses congénères loin au-dessus de nous ! Yi-peee ! Bon vol et bonne vie !
Et maintenant, un peu d'observation d'intérêt scientifique ornithologique... Ici,
vous saurez tout, tout, tout sur ces fabuleux martinets noirs ! Je vous
invite à passer un bon moment, confortablement installés, pour découvrir cet
oiseau fabuleux, si mal connu et pourtant protégé ...
Alors, s'il vous plaît, ne laissez plus traîner dans la nature ficelles, fils et liens de toutes sortes...Il y a suffisamment de plumes, poils, branches et feuilles dans la nature !